Un ver marin donneur de sang universel

Publié le par CUZON

Recherche - L'hémoglobine de l'arénicole est proche de celle de l'homme.

La station biologique de Roscoff s'intéresse à ses propriétés.

DEPUIS TOUJOURS, les pêcheurs de bar utilisent l'Arenicola marina comme appât. Et ils le repèrent grâce aux petits tortillons qu'il laisse sur le sable. Mais ce ver marin est maintenant réputé pour ses propriétés sanguines. A la différence des vertébrés, les molécules d'hémoglobine ne sont pas chez lui enfermées dans des globules rouges. «Cette extracellularité leur confère des propriétés extrêmement intéressantes : pas de rhésus donc pas de groupe sanguin et une grande efficacité dans le transport d'oxygène. En quelque sorte, il s'agit d'un donneur universel», résume Franck Zal, responsable de l'équipe Ecophysiologie, adaptation et évolution moléculaire, à la station biologique de Roscoff dans le Finistère.

Etudié depuis une vingtaine d'années à Roscoff, ce ver aurait développé ces propriétés pour s'adapter au mouvement des marées. Ainsi, quand la mer se retire, grâce à ses performances en matière d'échange d'oxygène, il peut survivre dans le sable.

Depuis 2000, trois brevets internationaux ont été déposés et deux publications sont annoncées prochainement. «Au niveau mondial, la pénurie de sang est estimée à environ 100 millions de litres», précise le chercheur du CNRS. Et il se trouve que, chez l'arénicole, l'hémoglobine est extrêmement concentrée : «D'un gramme de ver, on extrait environ 30 milligrammes d'hémoglobine», poursuit-il. Deux autres propriétés intéressent fortement l'équipe. «Contrairement aux autres produits de substitution qui tendent à contracter les vaisseaux, la molécule d'hémoglobine du ver a un effet dilatateur», souligne Franck Zal. Et d'ajouter : «Le P50, qui mesure l'affinité de la molécule vis-à-vis de l'oxygène est le même que celui que l'on trouve à l'intérieur du globule rouge humain.»

Un espoir pour les greffes

Forte de ces qualités, l'hémoglobine pourrait être également utilisée comme base d'une solution destinée à conserver les organes en attente de greffe. «Cela permettrait de maintenir les greffons opérationnels plus longtemps», espère le chercheur. D'autre part, dans une pathologie comme une arthrite sévère qui conduit à l'ulcération, voire à l'amputation du membre, les plaies ne cicatrisent pas en raison du manque d'oxygène. «L'hémoglobine de l'arénicole pourrait constituer une alternative thérapeutique», continue-t-il.

Si, dans le laboratoire, l'équipe sait produire de l'hémoglobine à partir de l'arénicole, il lui faut maintenant travailler sur les process industriels. Pour ce faire, une société va être créée au cours de ce printemps. En collaboration avec une entreprise britannique spécialisée dans la production de vers pour l'aquaculture, le projet «Hemarina» vise à extraire à grande échelle des molécules d'hémoglobine et à poursuivre les études pré cliniques et cliniques. Car, pour l'instant, les transfusions effectuées depuis 2001 sur des souris et des rats ont donné des résultats encourageants. Parallèlement, Franck Zal poursuit ses travaux de génétique. «L'identification des gènes a été faite au laboratoire. Il nous faut maintenant décomposer tous les composants de l'hémoglobine afin de pouvoir la reconstituer sous forme synthétique.»

Nathalie Bougeard

Le Figaro - 03 avril 2006, (Rubrique Sciences & Médecine)

Publié dans Avis de citoyen

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referencement 24/04/2006 22:25

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